Embouteill-Âge à la source

Ce matin très tôt, peut être trop tôt, je décide de me reconnecter à la source. J’éteins tous mes appareils électroniques et je m’installe confortablement dans la pénombre. Je ralentis mon rythme cardiaque et je capte l’image d’une sensation qui me libère. Je vais essayer la lévitation. 

Après des minutes, sans aucun doute seulement quelques secondes, j’entends le bourdonnement du réfrigérateur, une sirène de pompier dans la rue et je ressens une soudaine et insupportable envie de me gratter le nez. 

Là, j’ai tout de suite compris que je fais plutôt de l’évitation… 

J’avais oublié de déconnecter le brouilleur d’alerte ultra puissant qu’utilise mon mental. J’ai essayé de négocier mais rien à faire. Il m’avait parasité.

Je change de tactique car un affront direct avec mon mental est impossible. J’ai besoin de lui autant qu’il a besoin de moi. On est une équipe. Alors je décide d’aller faire un jogging et après quelques foulées et suffisamment échauffé, je demande à mon mental de se concentrer sur ma course, ma respiration et mon environnement. 

Le tour est joué : méditation en action instantanée. Je suis libéré du corps et j’ai l’esprit connecté à la source.

Je comprends que la source est liée à un nombre infini de départs qui se renouvellent constamment et comme il n’y a que le changement qui soit permanent, j’en profite. Et ça va vite, les pensées se croisent, les idées s’entrecroisent, les ondes sont pures et libres et le flux est très rapide.

Il faut que j’évite I’embouteill-âge à la source. Je ne veux plus garder ces moments précis de ma vie, les maintenir dans un contenant pour biberonner régulièrement et étayer ma névrose en permanence.

Pourquoi m’étancher à la fontaine quand je peux boire à la source ? Pas besoin de baguette, j’ai trouvé la mienne et il ne me reste plus qu’à la choyer et à la partager. 

Philippe Lafargue

Cet article vous a plu ? Partagez le :)

Phil-Harmonie

Aujourd’hui, j’ai décidé de monter sur scène et ce n’est pas un pari. Voilà plusieurs années que je répète et ce soir c’est la générale et moi je suis le chef.

Même si cela ressemble à une aventure je vais tout de même rester classique car l’orchestre que je dirige, ce ne sont que des parties de moi. Et dans le contexte actuel, je m’en sors bien avec le couvre feu et la distanciation car il n’y aura pas de public, pas de jugement, pas de revue qui presse. Je vais pouvoir tomber le masque…

J’ai un peu le trac quand je regarde la fosse. Je sais qu’il n’y a pas de lion, que toutes ces parties me veulent du bien, m’encouragent, qu’elles sont là pour enrichir ma culture intérieure et m’ouvrir des portes vers l’infini. J’aperçois même mon inconscient avec sa veste en queue de pie qui me fait un clin d’oeil. Jamais je n’aurais pensé que c’était un oiseau…à longues basques ! 

Je me lance, deux coup de baguette et je sors des bois, ça craque et ça frissonne. Je fais venir les cueilleurs de vents qui étirent les cordes entre les feuilles de musique et les font vibrer. Autour de l’eau, s’élève un tintamarre de cuivres qui sonne le glas. Le hautbois libère le solo de cordes qui enchante mon coeur. Je suis dans les cordes, je me sens uni vers l’uni. Mes doigts vibrent et je fais des boucles. J’entends le timbre grave du père-cussion qui accompagne la voix de la lyre sans se prendre pour Apollon. Je fais des arcs de cercle concentriques. Je ressens le souffle de vie, ses caresses, ses vibrato, je deviens un. Il n’y a plus personne dans la fosse, ce qui ne me rend pas du tout septique. Je ressens l’infini qui coule en moi, je me sens léger et j’accueille la simplicité du tout. 

La lumière m’éclaire et l’ombre m’accueille.

Philippe Lafargue

Cet article vous a plu ? Partagez le :)

Visite opportune

Je viens de passer une nuit blanche dans le noir complet. 

Mon inconscient a tenté de me délivrer un message. Mon mental a sorti le grand Je et toutes ses stratégies pour bloquer l’information. 

Je me suis retrouvé dans un château de verre, hermétiquement scellé, avec au centre une bibliothèque déroulante. Il y avait une infinité d’ouvre-âges et, à ma grande surprise, un seul auteur ; moi. 

Il y avait là, de courtes histoires sur des sujets qui m’accompagnent tous les jours. Des livres de choix qui tiennent bien en main avec des reliures magnifiques qui sentent bon le vieux et le passé… Je suis resté immobile devant certains de mes classiques comme l’éloge de la peur avec son épilogue angoissant, l’éloge de la colère avec son épilogue très contrôlant, l’éloge de la tristesse avec un épilogue endeuillé et plein d’autres qui me fascinent et m’hypnotisent toujours autant.

Ce matin là, je remercie le couvre-feu car ça chauffe bien à l’intérieur de moi, tellement bien, que j’ai refusé un rendez-vous avec moi-même. Et pendant que je savoure cette solitude imaginaire, on sonne à la porte. 

Me voilà devant deux entités qui se présentent l’une comme étant le plaisir et l’autre, la joie. Elles font partie de l’association « Libérer l’esprit ». Elles me proposent une carte de membre fondateur et en cadeau, un semainier personnalisé. Dès qu’on le prend en main, c’est juste du présent, sans date et sans année. Pour l’activer, il suffit d’y écrire « J’accueille le plaisir et la joie », et le reste dépend de moi.

Et comme de bien entendu, je leurs dis : « Bien sûr, ça ne peut pas faire de mal et c’est pour une bonne cause ».

Ce qui m’intrigue le plus c’est que dès que j’ai le semainier en main, il prend la forme d’une clé. Un passe partout qui m’appartient et qui ouvre toutes mes serrures jusqu’à ce que je m’aperçoive qu’il n’y a jamais eu de portes. 

Et là je me dis : « Je me suis enfermé toutes ces années et pourtant j’avais la clé. Avec ce passe partout, je suis ce que je décide d’être, et par conséquent je suis, si je décide d’être ».

Philippe Lafargue

Cet article vous a plu ? Partagez le :)

Contrat-Diction

Je suis assis devant mon secret-taire et j’observe cette feuille sur laquelle il est écrit : Un Bien pour un Mal

J’ai du mal à entre-voir et prédire cette expression et encore plus à exécuter un tel engagement. Est-ce possible que le Mal-a-droit a mon bien sous prétexte que c’est un mal-entendu ? Cela ressemble plutôt à une malversation de biens pour les découvrir en mal. 

” Ne t’inquiète pas ” me dit une petite voix, ” C’est simplement une façon de malaxer le bien et le mal pour qu’ils deviennent plus homogènes et cela n’a rien à voir avec l’axe du mal. Ce serait un mal-aise de penser ceci. Tu sais, nous allons tous croiser un mal-honnête sur notre chemin de vie et il n’y aura rien de mal-saint dans cette rencontre. “

On pourrait y voir une certaine malfaçon avec toutes ces contradictions comme un malpropre, un malveillant, un malodorant, même la nature nous propose d’observer un malart prendre son envol. 

Le mal-a-die ou plutôt l’âme me dit : reste alerte et vigilant, et pratique tes cinq sens quotidiennement. Et pour les malins :

Honni soit qui mal y pense ! Vrai-Ment ?

Philippe Lafargue

Cet article vous a plu ? Partagez le :)

Au temps en emporte le vent

J’ai besoin de prendre l’air. Le prendre est un peu romancé, et puis en faire quoi et où le mettre ? Sûrement pas dans ma galerie à trop-fait sur une état-je-erre avec mes autres possessions superfétatoires.

Me voilà parti, pour faire le tour de les-temps, je vais me bal-à-dés et suivre mes pas sur ce joli tapis vert. Adroitement, j’ai oublié mes cartes pour trouver mon chemin. Je vais devoir dés-chiffrer cette énigme de dés à cinq faces et je ne vais pas m’in-je-nier vers un sixième sens. C’est juste un tour de les-temps en solitaire, mon vent-des-globes, où sous-le-vent, je lève le grand-voile et comprends très vite que cette face cachée, c’est moi.

Ceci n’étant pas la période des vents d’anges, il faut que je rentre en contact avec mon environnement. Je fais un bâbord-a-mûres et je cueille une belle poignée de fruits sauvages. Pourtant, je ne prétends pas être un cueilleur même si j’entends des chasseurs pas loin. Je lève les yeux vers le ciel et j’observe une buse qui piste sa future proie. Et si je ne m’abuse, il faut bien que moi aussi je m’amuse. Je suis les traces de sang-liers tout en évitant les branches des buissons épineux. Je suis à la recherche de ma-muse. Je me retrouve face à un chêne liè-je et je regarde une nymphe. Je ressens une préparation à la métamorphose et soudainement l’étang est remplacé par une forêt de h-êtres. Je sais que je dois la traverser pour trouver mon devenir.

Et là, devant moi, se tient un flamant rose sur une patte qui prend le soleil et qui me joue un tour de gloire, je me demande si je dés-lire ?

Je regarde mon attestation de dés-placement dés-rogatoire et je m’aperçois qu’avec le tour de l’étang, j’ai dépassé les temps à-tester…

Philippe Lafargue

Cet article vous a plu ? Partagez le :)